Aujourd’hui se déroulait le défilé Dior qui avait élu domicile au Jardin des Tuileries à Paris. Et, si la tentation est forte de rester sur les silhouettes et les front rows, difficile de ne pas penser à l’histoire bien moins édulcorée qui se cache derrière l’une des maisons de couture les plus influentes du monde de la couture. Un nom traverse en effet la Maison depuis 1947. Miss Dior. Beaucoup l’associent à une idée de Paris, à une élégance et une grâce très codée, à un parfum devenu classique. Le nom renvoie pourtant aussi à une histoire plus dure, celle de Ginette Dior, plus connue sous le nom Catherine Dior, sœur de Christian Dior, engagée dans la Résistance, arrêtée par la Gestapo et déportée.

Selon le récit relayé par les documents à son sujet, Catherine Dior rejoint le réseau de Résistance F2 et agit comme agente de liaison. Elle collecte et transmet des informations sur les mouvements et l’équipement des troupes allemandes. Chaque message transporté peut engager des vies, y compris celles de personnes qu’elle ne connaît pas. En juillet 1944, elle est arrêtée. Le texte décrit des violences et des actes de torture destinés à obtenir des noms et des lieux. Elle ne parle pas. Aucun nom, aucune adresse. Ce silence protège d’autres membres du réseau, au prix d’un corps brisé et de séquelles durables.

La suite passe par Ravensbrück. Le récit évoque des mois d’enfer et une survie qui tient presque du miracle. Après la guerre, Catherine revient à Paris. Pas pour retrouver un statut social, mais pour chercher une forme de paix dans une activité simple et quotidienne. Elle devient fleuriste, vendant jasmin et roses aux Halles, aux côtés d’Hervé des Charbonneries, l’homme qui l’aurait, selon ce même récit, orientée vers la Résistance après leur rencontre à Cannes en 1941. Les fleurs deviennent un travail, une routine, une façon de reprendre pied.

En 1947, Christian Dior prépare son premier parfum. Les manuscrits rapportent une scène précise. Alors que Christian et sa muse, Mitzah Bricard, cherchent un nom, Catherine entre dans la pièce. Mitzah s’exclame alors, « Ah, there’s Miss Dior ». Le nom est trouvé. La légende du parfum se construit ensuite avec des notes de jasmin et de rose, présentées comme un hommage aux fleurs que Catherine cultive et vend au quotidien. Le parfum devient ainsi plus qu’un lancement. Il porte une mémoire familiale, et une histoire de guerre qui contredit l’image lisse que l’on plaque souvent sur le luxe.

Cette parenthèse prend une autre résonance pendant la Paris Fashion Week. Un défilé Dior produit des images prêtes-à-consommer, mais Miss Dior rappelle qu’un nom peut aussi contenir une biographie, une violence historique, qui a duré et dure encore par ses souvenirs. La question n’est pas de romantiser la souffrance. Elle consiste plutôt à reconnaître ce que le parfum recouvre, et ce que la Maison a choisi de conserver dans son vocabulaire. Derrière la légende.

Sources primaires : Archives Maison Dior et J. Picardie, Miss Dior: A Wartime Story of Courage and Couture, Farrar, Straus and Giroux, 2021.

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Posted by:Demona Lauren

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